Comment gérer la différence de niveau en classe de Fle ? (pour les profs de Fle)

Publié le 18 Juillet 2014


Cette situation se présente si souvent, malheureusement ! Quand on commence on s'imagine que si on nous a donné une classe de niveau A2 ou C1, cela veut dire que les étudiants ont été testés de manière rigoureuse. Cependant, il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu. Certains étudiants auront peut-être beaucoup de connaissances grammaticales mais de gros problèmes à l'oral. D'autres connaîtront des expressions idiomatiques mais auront tous les temps à réviser. Dans les classes de vrais débutants, il y a des gens qui n'ont pas voulu dévoiler leur réel niveau parce qu'ils ont peu confiance en eux et ont l'impression d'avoir tout oublié. Or une fois dans votre classe ils font peur aux autres étudiants car ils semblent tout savoir. Il y a ceux de langue latine qui auront toujours un avantage par rapport aux anglophones ou aux asiatiques et qui peuvent trépigner d'impatience quand vous expliquez quelque chose qui coule de source pour eux. Et voilà, on vous a collé tous ces étudiants ensemble ! Sans compter que dans les petites écoles les niveaux sont souvent divisés seulement en trois voire quatre ; vrai débutant, débutant, intermédiaire et avancé. Or vous savez combien il y a de choses à apprendre dans chaque niveau. Ce que je détestais le plus dans la dernière petite école où j'ai travaillé, c'était qu'on m'envoyait en classe les étudiants qui pensaient avoir le niveau que j'enseignais et j'étais supposée les tester pendant mon cours ! Bien sûr ils n'avaient aucun point de comparaison avec les autres niveaux et soutenaient la plupart du temps que cette classe leur convenait tout à fait. C'était l'horreur et le client était roi.  

Tout d'abord, face à la différence de niveau, il ne faut pas vous stresser ou pester contre votre collègue qui a fait les tests. J'ai vu des étudiants qui avaient une grande différence de niveau mais qui s'entendaient très bien. Certains sont même amis et refusent à être séparés. Au contraire, d'autres ont exactement le même niveau mais se détestent. Une étudiante américaine m'a une fois suivie jusque dans les toilettes pour me dire qu'elle ne supportait plus la Grecque avec qui je la mettais souvent. Donc le plus important c'est que l'ambiance dans le groupe soit bonne, que les étudiants aient envie de revenir, qu'ils aient tous appris quelque chose à chaque leçon, qu'ils se sentent suivis et encouragés par le prof par rapport à leurs progrès personnels.


Parfois il faut rassurer les étudiants, leur expliquer que la classe convient à tous mais peut-être pour différentes raisons, qu'il y a des différences au début mais qu'elles vont s'estomper après quelques semaines. Pensez surtout à rassurer les débutants qui n'arrivent pas à juger leur niveau par rapport aux autres. Ils peuvent être très impressionnés par quelqu'un qui semble avoir beaucoup de vocabulaire. Or cette personne a un(e) petit(e) ami(e) français(e) et ne connaît que quelques mots. Je me souviens d'un intensif où j'avais d'anciens étudiants qui avaient commencé au niveau débutant et arrivaient au niveau intermédiaire. Ils parlaient lentement mais leur prononciation était parfaite, les notions de grammaire étaient toutes bien acquises. Et voilà que des personnes exterieures ont rejoint le groupe. Elles parlaient beaucoup plus vite et étaient très à l'aise. Je me rappelle le visage terrorisé de mes étudiants. En fait ils étaient meilleurs, les nouveaux ayant tout à réviser, et pourtant les miens voulaient fuir ! Cet intensif s'est finalement très bien passé. Je me rappelle d'étudiants qui ne savent rien et qui après quelques leçons ont presque dépassé les autres. Certains sont juste "rouillés" et ont besoin de se remettre dans le bain, d'autres ont une volonté ou une intelligence extraordinaire. Et puis il ne faut pas oublier le travail du prof qui arrive à faire des miracles ! ;)

Bref, n'allez pas vous plaindre sans cesse auprès de votre directeur pédagogique et surtout ne proposez pas aux étudiants ne changer de classe. Ils peuvent mal le prendre et cela peut se retourner contre vous (mon expérience... le client est roi...). Montrez-vous ouvert(e) et que chacun peut venir vous voir après la classe s'il y a des questions, invitez les étudiants du regard quand ils quittent la pièce avec des "ça va ? Pas de questions ?" Si un étudiant faible est absent à une classe, prenez-le à part lors d'une activité pendant la classe suivante et révisez ce qui a été fait, ne le matraquez pas de questions à son arrivée et laissez-le se réintégrer à son rythme. Si un étudiant faible est absent pendant deux classes agissez : téléphonez pour discuter, proposez une heure de rattrapage.  

 Mais dites-vous bien que cette situation se présentera toujours et qu'il faut faire avec, changer les étudiants de classe n'est pas une solution, qui plus est comme je vous ai dit vous ne pouvez pas savoir comment ils vont progresser. Peut-être qu'il n'y a pas de différence de niveau au début mais qu'elle va apparaître au fur et à mesure des classes.

Alors, que faire ?? Voici quelques suggestions ;

Ecrivez toujours votre objectif de classe en haut du tableau et laissez-le comme un titre pendant toute la leçon. A la fin, montrez le titre de la main et insistez pour dire que c'est l'objectif à atteindre. Vous avez vu beaucoup de choses, les étudiants ont pris plein de notes, ils ont l'impression qu'il y a des tonnes à mémoriser, il y a plein de choses qu'ils ne savaient pas etc. Dites-leur "voilà, pour la semaine prochaine il faut juste savoir faire ça et ça et le
vocabulaire qui est ici". Insistez en disant que la semaine suivante vous allez tout réviser. Et la semaine d'après. Et encore après ! Les premières classes sont difficiles pour les débutants, la leçon est tellement riche ! ils se sentent vite dépassés. Répétez que les premières classes sont les plus difficiles parce que tout est nouveau mais que vous allez progresser doucement, que vous allez beaucoup réviser.

Commencez et terminez toujours la leçon de la même manière et faites intervenir les étudiants faibles à ce moment-là, ils sont préparés aux choses qui se répètent chaque semaine.

Quand vous interrogez les étudiants à tour de rôle, donnez la parole aux meilleurs pour les deux premières fois et écrivez ce qu'ils disent au tableau pour que les faibles comprennent le but de l'exercice. Puis interrogez les plus forts quand tous les autres seront passés et que les exemples les plus simples auront été donnés ; ils devront faire preuve d'imagination.

Aux faibles je demande de décrire les images, compléter des phrases à trous au tableau, je pose des questions simples sur le dialogue etc. Aux plus forts je demande de résumer le texte, argumenter, donner son opinion, expliquer une nouvelle notion, extrapoler.

Trouvez le point fort des étudiants faibles et mettez-le en valeur. Les dictées de chiffres peuvent bien marcher pour certains, félicitez-les devant les autres ; "ah, Paul a encore tout bon !" S'ils font une phrase intéressante, écrivez-la au tableau et faites part de votre admiration. N'oubliez pas de complimentez une bonne prononciation. Je ne taris jamais d'éloges et je fais souvent sourire mes étudiants ; parfait ! magnifique ! sublime ! excellent !

Corrigez les faibles au minimum et encouragez-les à participer, montrez que vous comprenez ce qu'ils disent mais montrez-vous plus exigeant(e) avec les meilleurs. Je reviendrai sur ce qu'il faut corriger mais en quelques mots je dirai que je ne corrige que l'objectif de la leçon du jour ou ce qui a déjà été étudié même si les autres erreurs sont énormes. Si vous corrigez trop l'étudiant est vite découragé. Aussi j'aide les étudiants à s'auto-corriger. Quand ils font une erreur du genre "j'ai allé" ou "mon mère" je fais "pardon ?" en tendant l'oreille ou bien je tousse dans mon poing "hum hum" (les étudiants comprennent vite que c'est le signe d'une erreur et cela les fait sourire). Souvent l'étudiant se reprend de lui-même, les autres peuvent aussi souffler la réponse mais le plus important c'est qu'elle ne vient pas systématiquement de vous. Enfin quand un étudiant dit "je suis allé à le cinéma" vous pouvez dire "et qu'est-ce que vous avez vu au cinéma ?" (Faites une pause d'une mini seconde sur le mot, l'étudiant a entendu la correction mais vous n'avez pas arrêté la conversation pour étudier l'erreur). Je reviendrai sur ce sujet.

J'écris le nom de tous mes étudiants sur une colonne à droite du tableau à chaque classe et quand ils disent quelque chose de bon je donne un, deux, trois points. L'idée est qu'à la fin de la leçon tous les étudiants ont le même nombre de points et les faibles peuvent voir qu'ils ont leur place dans le groupe.   

Pour les exercices ou rôle-plays à préparer en petits groupes, comment faire les groupes ? Je mélange les faibles et les forts car si vous mettez les faibles ensemble ils ne vont rien produire et vont stresser en regardant les autres gratter trois pages de dialogue en deux minutes. Je ne demande pas toujours de restituer tous en commun. Je regarde ce qu'ils ont produit et je choisis un groupe qui a produit le plus intéressant, ou bien je prends les feuilles et je lis des extraits amusants que je sélectionne (souvent l'humour se perd à cause de la prononciation, de la vitesse à laquelle l'étudiant lit etc).


Parfois je donne le texte de la semaine suivante à lire à l'avance mais je ne le fais pas systématiquement car cela dépend comment la classe marche. Observez qui fait les devoirs. Parfois les faibles sont très occupés alors que les meilleurs auront relevé tout le nouveau vocabulaire. Ainsi la différence se creuse alors que vous avez voulu donner un avantage.

Je ne corrige pas les devoirs en classe car c'est une perte de temps par rapport au temps de communication et production personnelle (j'y reviendrai). Mais je passe beaucoup de temps à expliquer les devoirs à faire en fin de classe. Ce qui est évident pour le prof ne l'est pas pour l'étudiant. Ils se retrouvent face à des intitulés d'exercices très compliqués pour quelque chose de simple à faire, il y a du jargon grammatical qu'ils ne connaissent pas, ils ne voient pas l'objectif de l'exercice etc. N'hésitez pas à faire ensemble un ou deux exemples de chaque exercice. Je donne la solution à part et je ramasse les devoirs la semaine suivante pour voir comment ils progressent. Pour les plus avancés, vous pouvez proposer des exercices supplémentaires que vous appellerez "challenge", un texte à lire et à commenter, une dissertation.

N'hésitez pas à poser des questions difficiles aux meilleurs pour montrer qu'ils ont encore à apprendre. Ou donnez-leur une position de prof dans le groupe pour les flatter. Quand un étudiant vous pose une question, tournez-vous vers eux pour voir s'ils peuvent répondre. J'amuse souvent les étudiants en appelant celui qui sait tout mon "chouchou" et quand je montre que je suis très contente d'une réponse, quand je donne trois points à quelqu'un ils scandent tous "chouchou, chouchou !" Vous avez gagné quand ceci est attribué à un faible parce qu'il a réussi quelque chose.  

Et pour finir quand la classe est terminée je suis la dernière à sortir de la salle. Je regarde les étudiants partir, je lance mes plus grands sourires en leur disant "bonne semaine, à mardi !", je me montre à leur disposition s'ils ont des questions. Dans mon regard j'essaie de mettre tous mes encouragements, mon écoute, mes félicitations. Je montre qu'ils peuvent me faire confiance et combien pour moi chaque étudiant est important.

Rédigé par Frenchteacher

Publié dans #POUR LES PROFS

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